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18 novembre 2012

[Vidéo] Manifestation contre le mariage homosexuel à Lyon

La démonstration de force des jeunes nationalistes que les grands médias n'ont pas voulu voir



    Samedi 17 Novembre 2012 avait lieu, dans toute la France, des manifestations d'opposition au projet de loi sur le mariage des couples homosexuels.



    A Lyon, ils étaient 22.000 à défiler entre Place Bellecour et la Place des Terreaux. Si les grands médias ont largement couvert la manifestation, ils semblent qu'ils aient omis d'évoquer la démonstration de force opérée par les nationalistes lyonnais (Jeunesses Nationalistes, Le Bloc notamment), menés par leur leader et conseiller régional Alexandre GABRIAC, qui avait par ailleurs annoncé sa présence en début d'après-midi sur Twitter.



    Si TF1 et France 2 font subtilement l'impasse sur l'évènement dans leurs éditions de 20h du samedi 17 Novembre, France 3 Rhône-Alpes revient rapidement dessus dans son édition de 19h.


    Le traitement médiatique opéré par ces grands médias mainstream témoigne au mieux de graves manquements au devoir d'information des journalistes, au pire à une malsaine complicité.
Et pour cause, s'il était effectivement essentiel de distinguer le cortège d'opposants mobilisés contre le mariage homosexuel des quelques dizaines de militants d'extrême droite venus instrumentaliser la manifestation, quelques dizaines de secondes de pédagogie auraient suffit à dissiper toute confusion.
    L'omerta pratiquée contre ces militants contribue à entretenir le flou qui règne dans la population à propos de ces groupuscules d'extrême droite et de leurs pratiques et prive les citoyens d'une connaissance objective des reconfigurations de l'espace politique à l’œuvre au niveau local à Lyon, et plus largement en France et en Europe.

    Sur leur site internet, les Jeunes Nationalistes reviennent sur l'évènement.

[MAJ-20/11/2012] Retrait des références aux "identitaires", les militants présents se présentant comme "nationalistes" issus de l’œuvre Française et des Jeunesses Nationalistes, qui n'ont pas la même ligne politique que le mouvement récemment constitué en parti politique Génération Identitaire.

11 mars 2012

ACTA m'empêche t-il de pirater des fichiers ?


NON: ACTA n'a pas été ratifié en Europe. Le Parlement Européen s'est prononcé contre, grâce à la mobilisation de la société civile européenne et les milliers de manifestations qui ont essaimé et essaiment encore toute l'Europe. Bien evidemment, la Commission Européenne, sous la pression des lobbys pharmaceutiques, de l'industrie musicale et cinématographique ou encore des semenciers, remue ciel et terre pour parvenir à faire ratifier un traité sur lequel l'Europe se divise. Sur 27 états, 10 y sont opposés. Si certains ont décidés de ne pas signer le traité, à l'image de l'Allemagne, de Chypre, de l'Estonie et des Pays-Bas, d'autres ont récemment gelé la ratification qu'ils avaient d'ors et déjà programmée. C'est le cas de La Pologne, la République Tchèque, la Roumanie, la Slovaquie, la Lettonie... et maintenant la Bulgarie. Au niveau européen, la décision revient, en dernier ressort, au Parlement qui sera consulté après le rendu et la discussion des bilans de 4 commissions (libertés publiques (LIBE), industrie (ITRE), développement (DEVE) et affaires juridiques (JURI)) et le passage de la commission commerce international (INTA).



La fermeture de Megaupload est certes très médiatique, il n'empêche que de très nombreux sites de Direct download sont apparus depuis la fermeture de Megaupload et la mort cérébrale de Fileserve et compagnie (ces hébergeurs ont retiré l'intégralité des contenus pirates qu'ils proposaient). Ces sites ont tous en commun de proposer des serveurs sur lesquels sont hébergés par les internautes des fichiers (documents, films, musique, etc) directement accessible par quiconque avec une simple connexion à ce serveur. Cette méthode directe de téléchargement offre en outre l'avantage d'être très rapide puisque sans abonnement, les débit oscillent entre 80ko/s et 700/800ko/s selon les sites, et passent à plusieurs méga pour les utilisateurs abonnés.

En France, la Hadopi2 porte uniquement sur le pear-to-pear, qui est une autre méthode de partage. Elle consiste à rassembler des utilisateurs qui s'envoient des fichiers entre eux. De fait, cette méthode est bien moins rapide que le Direct download. Elle est très tributaire du débit de la connexion internet des participants et du nombre de personnes proposant le même fichier. Et pour cause, le pear-to-pear n'a de pertinence qu'à partir du moment où un grand nombre d'utilisateurs possèdent déjà le fichier, puisque celui-ci peut alors être téléchargé très rapidement, par morceaux. Quoiqu'il en soit, il ne fait nulle doute qu'il ne s'agit là que d'un retard du législateur sur les pratiques numériques, que les lobbys n'ont pas manqué de faire sentir à Nicolas Sarkozy, qui promettait en novembre 2011 d'inclure le direct download au sein du projet de loi Hadopi 3. Chose qui ne pourra être faite sans la réélection de l'actuel chef de l'Etat.

 La méthode du direct download, utilisée par les sites comme Megaupload, ou plus récemment Uptobox.com, bénéficie d'un vide juridique. Ce vide traduit un retard du législateur sur la société et les pratiques numériques des internautes. Quand on voit la moyenne d'âge de nos députés (55ans), on ne s'étonne guère de cette faille, qui tu as raison serait comblée par ACTA qui vise, plus qu'une méthode de partage, une action: la mise à disposition de contenus. Dans le cas de Megaupload, la ratification d'ACTA par la communauté internationale devrait permettre de faire fermer les serveurs sur décision d'une autorité mondiale. Dans les faits, cela développerait l'économie de pays peu scrupuleux qui n'auraient pas ratifier le traité et qui hébergeraient ces serveurs, sans toutefois faire cesser la totalité des échanges.

Aux Etats-Unis, la fermeture de Megaupload et de 18 autres plateformes de direct download le 20 janvier dernier a été ordonné par la Justice  et opéré par le FBI. Bien que basée sur des règles de lois incontestables, c'est une décision très politique, qui intervient au moment où s'ouvre les débats sur les projets de lois nationaux SOPA (Stop Online Piracy Act) et PIPA (Protect IP Act), en "responsabilisant" les fournisseurs d'accès à internet et les sites tiers, à savoir les forums qui répertorient justement les liens directs des fichiers hébergés sur les serveurs des sites de téléchargement direct.

7 mai 2010

"Ecrire, c'est peut-être aujourd'hui rendre hommage à tous ceux que la société, l'entreprise broie et a broyés." R. Jauffret

  

      Jérôme, mon cher Jérôme, je n'ai pas le bonheur de vous connaître. Vous êtes un enfant du siècle, un gamin de cette époque où le profit est vénéré comme un cochon d'or. Vous avez cru aux valeurs que l'on vous a inculquées depuis votre naissance. Vous vouliez que les vôtres soient fiers de vous. Vous avez tutoyé les règles, comme un gamin stressé cache un dictionnaire d'anglais dans son froc lors d'un contrôle d'anglais. Au lieu de vous coller un mercredi après-midi, on a préféré vous jeter tout nu à la populace. Vous êtes devenu un objet sacrificiel. On ne vous a pas tiré douze balles dans le dos, mais on vous humilie suffisamment pour vous suggerer de vous tirer une balle dans la tête.
     Mon cher Jérôme, je vous demande, je vous supplie, de ne pas attenter à vos jours. La moindre vie a une infinie valeur. Des milliards d'années -l'euro en ce temps-là n'avait pas encore été inventé- de luttes, d'efforts, d'incroyables guerres menées par les éspèces qui nous ont précédées ont été nécessaires pour qu'aujourd'hui vous jouissiez d'un corps, d'un cerveau, de la vie. Votre vie est infiniment précieuse, et elle recèle dans ses replis des possibilités de rédemption, de bonheur. Comme tout les êtres humains, vous êtes quelqu'un de merveilleux. [...]
     Jérôme, je vous aime, comme on aime un enfant battu. Au nom de ceux qui ont un jour failli -donnez-moi les coordonnées d'un innocent, que je le félicite, et le traite d'imposteur par la même occasion- en signe de solidarité. Permettez-moi de vous dire: moi aussi, je m'appelle Jérôme.

Régis Jauffret, écrivain, à propos de
Jérôme Kerviel et de l'affaire de la Société Générale.
Paru dans Libération du vendredi 1er février 2008.

25 janvier 2010

L'exception culturelle

d'après l'ouvrage de Serge Regourd



     Nous sommes en 2010 et presque tous les secteurs de production économique des 153 états présents au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce ont cédé aux préceptes libre-échangiste et anti-protectionniste libéraux. Tous ? Non ! Car un continent peuplé d’irréductibles défenseurs de la diversité culturelle résiste encore et toujours à l’envahisseur américain.
Ainsi pourrait débuter le récit de l’épopée d’une notion devenue symbole du refus de l’uniformisation culturelle : l’exception culturelle.
    Bien qu’apparue tardivement dans le débat public, en 1993, cette idée selon laquelle l’audiovisuel, et à travers lui la culture, « n’est pas une marchandise comme les autres » est en réalité bien antérieure à l’Uruguay Round qui la consacre.
S’attachant en premier lieu à retracer la genèse, les enjeux et les modalités de sauvegarde de l’exception culturelle, l’ouvrage homonyme de Serge Regourd nous éclaire ensuite sur la remise en cause de cette dernière et le parcours chaotique ainsi que la victoire en demi-teinte qui a assuré un sursis au secteur audiovisuel en terme de libéralisation.



    Si l’exception culturelle en tant qu’argument contre la libéralisation totale de l’économie n’apparait qu’à la fin du XXe siècle, elle trouve ainsi ses fondements bien avant et, loin de n’être réservée qu’aux secteurs audiovisuel et cinématographique, elle peut s’appliquer à toutes les industries culturelles.
    Intimement liée au développement de l’industrie du cinéma français, cette notion va émerger dès les années 30 auprès des professionnels de ce secteur qui vont, à cette époque, se constituer en syndicats afin de défendre leurs intérêts. Déjà reconnues comme « source de jouissance intellectuelle » (jurisprudence Doyen, 1905), les œuvres cinématographiques bénéficient, dès 1928, d’un contingentement appliqué aux productions étrangères dans le but de protéger les « traditions nationales » (dixit Edouard Herriot).
Ce protectionnisme culturel est également le fruit d’un régime, la IIIe République, où « le pacte républicain » -qui promet l’Egalité- motive un volontarisme de la puissance publique (et donc une conception spécifique des rapports entre l’Etat et le marché) et un refus de la domination américaine selon ce que De Gaulle qualifiera plus tard « une certaine idée de la France », une idée qui illustre sa grandeur et refuse l’abandon de son patrimoine culturel aux lois du marché, une idée qui gardera toute sa place au sein des IVe et Ve République.
    Va ainsi s’ajouter à ce protectionnisme de quotas un protectionnisme de subventions.  Commandé par des intérêts économique et culturel, le régime de Vichy va ainsi, en 1940, mettre sur pied un organe chargé de la régulation et du financement des œuvres cinématographiques, le COIC, ancêtre de l’actuel CNC né à la Libération (1946). Dès sa naissance, cet organe est ainsi chargé d’assurer un soutient à la production d’œuvres françaises en même temps que de favoriser leur diffusion par rapport aux œuvres étrangères, et notamment américaines.
Cette même année, l’accord Blum-Byrnes, contraignant la France à l’importation et la diffusion de films américains, ne manquera pas de déchaîner les passions dans le monde du cinéma.


    Le traité de Rome de 1957, qui institue la Communauté Européenne, marque à sa façon l’existence effective de ce qu’on appellera bien plus tard l’exception culturelle. En effet, si auparavant chaque état menait sa politique selon son bon vouloir, les six pays qui s’engagent en 1957 le font sur la base de fondements strictement libéraux.
De fait, on aurait du assister par la suite à une suppression des subventions aux productions nationales par les états membres, voire à une suppression des quotas, d’autant plus après que la Cour Européenne de Justice a, en 1974, consacré l’appartenance des œuvres audiovisuelles à la catégorie des services (jurisprudence Sacchi), exclus à l’époque des accords du GATT mais déjà concernés par la dérégulation communautaire.
Plus étonnant encore, ce protectionnisme appliqué à l’audiovisuel sur le vieux continent sera accentué par l’Acte Unique de 1986, qui fonde le marché commun, puis par le traité de Maastricht en 92.
    De multiples mesures protectionnistes verront donc le jour en France et en Europe tout au long de la seconde moitié du XXe siècle et plus encore dans les années 80 et 90.
En France, la libéralisation des ondes hertziennes et radiophoniques et la poursuite du soutien au cinéma aboutira ainsi à la mise en place, en 1992, de taxes sur les distributeurs de contenus (chaînes hertziennes, tickets de cinéma), de quotas de diffusion télévisée d’œuvres françaises ou européennes (120h/an en prime time), de quotas de radiodiffusions de chansons françaises (1994) ainsi que d’aides au financement via des fonds tels que l’IFCIC ou la SOFICA.
Au niveau Européen, 1988 sera marqué par la création du fond de financement EURIMAGES avant que le Conseil de l’Europe mette en œuvre, dès 1990 et jusqu’en 2006, une politique de stimulation de l’industrie audiovisuelle européenne à travers trois plans quinquennaux (Media I puis Media II et enfin Media PLUS). Par ailleurs, il faut noter que le traité d’Amsterdam, signé en 1997, consacre et légitime l’existence et le double financement (publicitaire et par l’imposition) des chaînes publiques.
    Comme nous pouvons le constater, il semble bien que la Communauté Européenne, malgré les préceptes libéraux sur lesquels elle se fonde, accorde une place toute particulière aux productions culturelles et plus particulièrement audiovisuelles.
La menace libérale à l’origine de la levée de bouclier des défenseurs de l’exception culturelle n’est donc pas liée à la construction européenne…

______________

    
    Et pour cause, elle est liée à une construction qui, certes, partage sa logique libérale, mais se veut autrement plus large, et donc plus « globalisante ».
Cette construction, plus vaste et qui réveille la peur de l’uniformisation culturelle, c’est celle du commerce mondiale.  
Elle débute en 1947, à Genève, avec la signature du GATT. Cet accord est alors le premier d’une série de cycles de négociation (également appelés « Rounds ») destinés à libéraliser le commerce international. Dans une première phase ces cycles se concentreront sur la libéralisation des marchandises avec de s’attaquer, en 1986, à celle des services, qui constituent la seconde phase de cette série d’accords qui débouchera, en 1994, sur la création de l’OMC qui, si elle offre un cadre institutionnel commun qui peut contrôler et sanctionner, n’est pas une finalité en elle-même mais poursuit les négociations avec toujours pour but une libéralisation et une transparence croissante.
Cette seconde phase débute donc en 1986 à Punto del Este avec l’Uruguay Round et se propose de déréguler, entre autres secteurs tertiaires, celui de l’audiovisuel.
    Malgré l’interventionnisme européen et français qui prévalait déjà dans ce domaine, les contestations vont tarder à se faire entendre. Ainsi, c’est seulement en 1993 qu’elles vont éclater en France avec un retentissement médiatique important. Les professionnels du cinéma et de la télévision se joignent alors aux promoteurs de l’idée d’exception culturelle, parmi lesquels François Mitterrand et Jacques Delors, pour monter au créneau et faire passer leur message.
Et la tâche n’est pas aisée pour ces partisans de la diversité puisque c’est la Commission Européenne qui est chargée de négocier au nom de l’union avec à sa tête le conservateur britannique Sir Leon Brittan, proche de Thatcher et plus acquis aux attentes transatlantiques qu’aux soucis culturels français.
La France se retrouve ainsi isolée. En effet, bien que les autres pays européens ne soient pas nécessairement pour une libéralisation totale, ces derniers (moins protectionnistes) subissaient déjà avec force l’hégémonie de la production audiovisuelle américaine et, par là même, avaient moins d’enjeux réels et symboliques à sauvegarder. Le bras de fer s’engage alors entre la France et les Etats-Unis, chacun des partis menaçant de se retirer des négociations.
    Mais l’argument de l’exception culturelle va trouver un nouveau retentissement grâce au Parlement Européen. Dès lors, impossible pour le commissaire européen en charge des négociations d’aller contre la volonté de l’organe représentatif.
De plus, l’exemple du Canada qui, dans le cadre de l’ALENA, a obtenu en 1988 l’exclusion de l’audiovisuel des services dérégulés, encourage l’opposition.
Finalement, le problème va surtout être le fait d’un déficit juridico-sémantique portant sur les termes de l’accord lui-même : spécificité culturelle, exception, exclusion comme dans le cas du Canada ; personne n’arrive à se mettre d’accord, si bien que les accords de Marrakech signés en 1994 ne comporteront finalement aucun engagement concernant l’audiovisuel.
A l’issue de cet accord, on peut certes dire que la notion d’exception culturelle a triomphé, mais pour combien de temps ?

    1 an. Ni plus, ni moins. Et pour cause, dès 1995, une nouvelle offensive néolibérale, venue tout droit de l’OCDE  qui regroupe les 29 pays les plus riches de la planète, va dans le plus grand secret discuter d’un nouveau texte. L’Organisation de Coopération et de Développement Economique va ainsi, deux ans durant, en échappant à tout contrôle, échafauder un projet d’accord nommé AMI pour Accord Multilatéral sur l’Investissement qui, loin de se limiter au thème de la libéralisation de l’audiovisuel, remet en cause le pouvoir souverain des états dans le contrôle des investissements étrangers en imposant, dans tout les domaines, la clause du traitement national sans individualisation possible. En plus de remettre en cause le principe d’exception culturelle, ce texte allait jusqu’à éradiquer toute forme de volontarisme de la part de l’Etat, dans des domaines aussi divers et variés que la santé, l’éducation, les transports publics ou encore la protection sociale.
    Ainsi, si les professionnels de l’audiovisuel et du cinéma furent les premiers à dénoncer ce projet, aux côtés d’Organisations Non Gouvernementales et toujours selon le principe de l’exception culturelle, leur position parue bien vite bancale quand fut découverte la portée beaucoup plus globale et d’autant plus inquiétante de l’accord en gestation. Le retrait de la France des négociations en octobre 1998 entraîna finalement le dessaisissement de l’OCDE et l’abandon du projet AMI.
Cependant, la vaste contestation internationale provoquée par ce projet eu d’autres retentissements puisque l’année suivante, le mouvement anti-mondialisation allait signer l’échec du Millenium Round qui se tenait à Seattle.
A la veille même de ce sommet, l’Union Européenne déclarait maintenir la position qu’elle tenait de l’Uruguay Round tout en substituant le terme de diversité culturelle à celui d’exception. Ce changement sémantique visait alors à fédérer davantage les européens et les pays tiers à une position perçue, à raison, comme trop française au point de paraître égoïste. Si le consensus européens en est né, cette terminologie a cependant remis en cause la légitimité du protectionnisme puisque la diversité implique davantage l’égalité de traitement des offreurs que la préférence accordée aux nationaux. Cette ambiguïté a, de fait, laissé la porte ouverte à toutes les issues…
  
  
    Au terme de cet ouvrage, qui revient dans ses dernières pages sur des sujets épisodiques ou peu développés, on comprend donc que si la notion d’exception culturelle forgée en butte à la libéralisation des industries audiovisuelle et cinématographique a pu les protéger un certain temps, elle ne saurait être une réponse définitive face aux assauts du libéralisme. Déjà fortement remise en cause, celle-ci manque d’ailleurs de pertinence puisque, s’appliquant presque exclusivement aux créations audiovisuelles dans l’utilisation qui en est faite, elle oublie de se préciser ou de se refondre dans des optiques plus vastes qui prendraient en compte la culture de manière plus large et appropriée. Et si cette exception est réellement devenue diversité culturelle, les implications de cette nouvelle conception risquent d’être bien plus considérables et étendues que la seule défense d’intérêts nationaux qu’elle risque d’ailleurs de mettre en péril…


6 janvier 2010

Une brève (et insatisfaisante) histoire de la Presse écrite

De la pluralité à la dictature de la pensée unique (comme disent les alarmistes)



Je publie cet article qui, comme bien d'autres, manque cruellement de structure et de cohérence mais qui, je l'espère, saura tout de même attiser votre curiosité et, bien sûr, votre esprit critique ! Je vous remercie en tout cas pour les multiples encouragements dont vous me faites part.




     De l'apparition du premier quotidien français en 1777 (le Journal de Paris) et de la reconnaissance de la liberté de la presse consacrée par la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen du 26 aout 1789* aux tribulations actuelles d'une presse papier qui bat de l'aile, le chemin a été long pour ce média qui, deux siècles durant, s'est fait l'étendard de tout les soubresauts de notre société, des multiples révolutions qui ont ébranlées notre paysage politique au XIXe siècle à la chute du Mur de Berlin ou aux attentats du 11 Septembre 2001.

     Apparue au XVe siècle puis perfectionnée -notamment par la typographie- l'imprimerie a, en son temps, révolutionnée la façon de se penser en tant qu'Homme, au sein de l'espace et du temps.
La diffusion de l'information et du savoir qu'elle a rendu possible a fait germer, au sein des masses, cette conscience de "vivre ensemble" que l'on ressent avec plus d'intensité encore avec la mondialisation que nous connaissons et cette conscience de l'instant T c'est à dire la conscience d'une Pensée qui nous préexiste et qui nous succède, cette conscience que nous ne vivons qu'un jalon de l'Histoire de l'Humanité.
Mieux que toute autre philosophie, l'imprimerie a ainsi fait comprendre à l'Homme qu'il n'est qu'une goutte d'eau, à la fois au niveau spatial et temporel.

     De ce point du vue, l'apparition d'une presse d'information au sens où nous la connaissons aujourd'hui n'est rien d'autre qu'une suite de la prise de conscience du pouvoir de ce support, le papier, qui garde aujourd'hui encore une place primordiale dans notre culture et nos échanges (administratifs, personnels, professionnels, etc).
     Consécutif à cette prise de conscience, les deux siècles qui nous succèdent sont de fait l'illustration de l'expansion et de la sacralisation de "l'esprit critique", qui né avec la diffusion au plus grand nombre d'une information polyphonique, puisqu'ils ont vu proliférer une multitude de journaux, revues et autres magazines vendus à l'attention du peuple, mis en pâture auprès d'esprits féconds. 
     En effet, plus d'un éditeur de presse pâlirait s'il voyait, comme autant de concurrents, les milliers de titres proposés aux lecteurs qui se sont succédés dans nos kiosques aux XIXe et XXe siècle. Car on l'ignore bien souvent, mais la presse écrite est un secteur en perpétuelle mutation où même les grands titres sont éphémères. Ainsi Le Monde qui nous semble, à nous jeunes lecteurs, ancestral, ne né t-il sous la houlette de Hubert Beuve-Mery qu'en 1944...et souffre déjà depuis quelques années de problèmes de trésorerie récurrents.
     A l'aune d'une étude bi-séculaire de l'offre de presse, quel plus douloureux constat que celui de l'offre actuelle, bien moins prolifique qu'elle ne le fut par le passé, malade qu'elle est d'une concentration immodérée des médias entre les mains d'une fraction de holdings plus branchées communication qu'information, et qui accapare avec des grands titres (régionaux comme nationaux) la majorité du marché publicitaire de la presse écrite, condamnant de fait les petits titres à disparaitre.

    Cet effondrement du nombre de titres proposés, dont je vous épargnerai le détail des causes, se complique donc tout naturellement d'un déficit de pluralité évident puisqu'ont été condamnés, au fil des années, de nombreuses "gazettes" et autres "feuilles de choux". 
    Ces petites publications nationales, régionales, locales, hier encore seules intermédiaires entre une population plus ou moins enclavée et un monde dont la marche n'a jamais discontinuée, en concurrence seulement avec leurs pairs, sont, avec l'apparition de nouveaux supports médiatiques, apparues archaïques, couteuse et bien peu commodes face à un tube cathodique et un poste de radio qui se sont tout deux imposés sans mal dans les foyers.
     Pourtant, la profusion de l'offre de presse obligeait alors chaque titre à avoir sa personnalité, son ton, ses plumes, sa valeur ajoutée, son "truc" quoi.

     Ces canards dont je parle sont aujourd'hui bien rares, l'apanage de quelques irréductibles, de quelques réfractaires à la "pensée commune".

    Je citais dans un article précédent le Plan B, celui-la même qui publie chaque année la Carte du Parti de la Presse et de l'Argent que je reproduisais à la même occasion. Il est de ceux là, et celui-ci jouit en outre d'une diffusion plutôt large puisqu'on le retrouve dans de nombreux kiosque aux quatre coins de l'hexagone.






     Je pourrais également vous parler du mensuel régional satirique Le Ravi, qui parait (pour combien de temps encore?) en PACA et offre chaque mois à ces lecteurs un contenu de qualité et qui, à mon sens, n'existe nulle part ailleurs.




      Pourtant, quelle place ont ces publications aujourd'hui dans un monde de la presse écrite d'information où ne s'affrontent plus que quelques grands noms dont les dissonances s'arrêtent généralement aux pages politiques?
Au milieu de titres comme Libé, Le Monde, Le Figaro, Les Echos, L'Express, le Nouvel Obs et autres grandes pointures de la presse régionale, les seuls qui semblent encore se détacher de la pensée commune ne sont guère plus que de vieux cadavres chancelants, à l'image de l'Humanité, ou des titres dont la valeur ajoutée par rapport à la concurrence est réelle et qui bénéficie d'une certaine publicité (Le Canard Enchainé, par exemple).

Il me semble en effet que, avant de manquer de lecteurs, ces journaux "confidentiels" manquent avant tout de communication et de visibilité...étouffés qu'ils sont par les grands médias papier.



Que voulez-vous, la loi du marché n'a pas d'éthique et la marche du capitalisme est peu soucieuse d'assurer la pluralité... 
Une fois de plus, est-ce à dire qu'il faudrait le moraliser?


*Article XI de la DDHC: « tout citoyen peut (...) parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi »)

22 décembre 2009

Du manque d'indépendance de la presse en France

Les Médias, propriété du patronat


     Si la législation française et le système démocratique et républicain que nous connaissons interdit le contrôle des médias par les acteurs du monde politique, pour des raisons évidentes de droit à l’information et de liberté d’expression, une certaine autorité des politiciens sur les médias et pourtant indéniable. A travers cet article nous verrons donc comment s’organise aujourd’hui le contrôle de l’information –ou plutôt, de certaines informations- et en quoi le système du capitalisme actionnarial vient-il, indirectement, mettre des entraves à la liberté de la presse. Car si l’on devait trouver une cause majeure au problème de l’indépendance des médias, ce serait sans doute celle-ci : la plupart des médias et la quasi-totalité des médias d’envergures sont possédés, en partie ou totalement, par de puissants groupes industriels, têtes de liste du CAC40, dont les intérêts financiers sont incompatibles avec le bon exercice des métiers de l’information.




Carte de la répartition des médias français par propriétaire ou carte du PPA (Parti de la Presse et de l’Argent) publiée chaque année par le journal bimestriel Le Plan B.



            A la tête de ces groupes diversifiés, quelques unes des plus grosses fortunes françaises : Pinault, Arnault, Lagardère, Bolloré, Bouygues, de Rothschild, Dassault, etc. 

TF1, Le Point, Libération, Le Monde, Le Figaro, Paris Match, l’Equipe, Europe 1 et 2,  dans l’audiovisuel comme dans la presse écrite, les plus grands médias français, en termes d’audience, sont tous contrôlés majoritairement par ces holdings pour lesquelles ces médias de grande écoute sont souvent une aubaine en terme de rentabilité et de profits. En témoigne les résultats du groupe de Martin Bouygues, propriétaire – entre autres- de TF1, LCI, Métro ou encore Eurosport et dont la branche médias constituait, en 2004, 38% d’un chiffre d’affaire total de 26 milliards d’euros ou ceux de Lagardère Active, filiale du groupe Lagardère spécialisée dans les activités audiovisuelles (Europe 1, Europe 2, MCM, etc.), qui a réalisée en 2006 un chiffre d’affaire de presque 14 milliards d’euros.
            Cependant, cette santé financière visible chez les grandes entités des médias audiovisuels ne doit pas faire oublier que, parmi les médias plus traditionnels que sont les journaux, les temps sont rudes et, avec l’effondrement des ventes dans la presse écrite et, par là même, l’effondrement des recettes publicitaires, c’est tout le pluralisme et l’indépendance de la presse écrite qui sont remis en cause.



Le Parisien, Une de l’édition du 27 septembre 2006, en pleine crise du journal Libération (CF ci-dessous).


A l’échelle mondiale, la diffusion payante de journaux chute, en moyenne, chaque année, de 2 %.




Ainsi, l’ex-organe du PCF, l’Humanité, fondé en 1904 par Jean Jaurès, est aujourd’hui contraint de faire appel aux dons de ses lecteurs pour subsister. Le quotidien national Libération, lui, a dû, en janvier 2007, opérer une recapitalisation pour sortir de la crise due à la baisse générale des ventes de journaux, recapitalisation qui a fait entrer dans le capital du journal, en tant qu’actionnaire majoritaire avec 38,7% de part, le financier Edouard de Rothschild. Pour sa part, Le Monde, déjà recapitalisé en 2005 par Arnaud Lagardère à hauteur de 50 millions d’euros, devrait cette année encore ouvrir son capital pour faire face à un déficit persistant, au risque de voir diminuer l’influence du directoire du Monde (Société des rédacteurs) dont 2 des 3 directeurs ont démissionnés début janvier 2008, faisant courir le risque au journal d’être placé sous une autorité administrative.

Si les médias sont donc, pour ces holdings, une aubaine dans la mesure où ils assurent aux entreprises du groupe une meilleure capacité de communication, il semble également que ces gros actionnaires s’imposent de plus en plus comme les sauveurs de ces organes de presse en difficulté. En admettant, dès lors, une certaine légitimité de ces financiers dans le monde de l’information, une question subsiste : Les intérêts économiques, les connivences avec le pouvoir politique et les prérogatives de profits de ces entreprises capitalistes sont t-ils réellement compatibles avec le bon exercice du métier de journaliste qui se doit d’être impartial et affranchi de toute censure ou, pire, autocensure ?

Comme le rappellent, dans un article paru dans Libération du 21 janvier 2008, les anciens directeurs de la Société des rédacteurs du Monde (J.-P. Clerc, J.-M. Dupont, M. Lucbert et F. Simon), « La presse, en effet, est bien une industrie, mais pas une industrie comme les autres : elle participe à l’information et à la formation de l’opinion. Elle est un acteur citoyen […] irremplaçable. » De la même manière, Hubert-Beuve-Mery, le fondateur du journal Le Monde, rappelait dans son quotidien du 19 avril 1956 qu’ « informer un homme, lui fournir les éléments d’une conviction et d’un jugement, est tout autre chose que de lui procurer un chapeau ou une paire de chaussures. », et formulait le souhait que « les grands journaux capables d’exercer une influence sur l’opinion publique ne soient pas les succédanés comme les sous-produits d’entreprises industrielles qui pourraient trouver là […] l’occasion ou le moyen d’inavouables combinaisons. La presse doit pouvoir s’industrialiser et demeurer saine. Elle ne doit pas être une presse d’industrie. »
   
Hubert Beuve-Mery, fondateur du Monde.   
  

Les craintes implicites du fondateur du Monde de voir un jour les journaux être à la botte des puissances financières sont aujourd’hui plus avérées que jamais et l’on assiste de plus en plus à des affaires de censures ou d’autocensures journalistiques motivées, outre par des intérêts purement financiers, par des intérêts politico financiers. Intérêts politiques et financiers, donc, pour les dirigeants de ces institutions financières dont les relations, avec des personnalités politiques plus ou moins hautement placées, laissent miroiter des possibilités de contrats publiques, par exemple, mais aussi des clémences judiciaires ou d’éventuels subventions. En somme, avoir un contact au sein du gouvernement ou des instances politiques peut laisser entrevoir beaucoup de bénéfices… des accommodements politiques dont la légalité n’a d’égale que l’éthique des gens qu’ils servent.

            Et c’est ainsi, qu’en 2005, le licenciement du directeur de la rédaction de Paris Match, Alain Genestar, avait fait grand bruit puisqu’il intervenait juste après la publication par l’hebdomadaire people d’une photo montrant l’ex Cécilia Sarkozy et Richard Attias, soupçonnés alors d’avoir une relation. Ce licenciement aurait semble-t-il était mis en œuvre par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, par le biais de son ami et actionnaire majoritaire de Paris Match, Arnaud Lagardère.
Si la censure n’est là exécutée qu’à posteriori, on conviendra que c’est tout de même là le genre d’affaires susceptibles de faire émerger une autocensure de la part des journalistes, par crainte des possibles conséquences de l’exercice morale de leurs fonctions.

      Mais la censure existe belle et bien. En septembre 2006, le directeur de la rédaction de La Tribune a ainsi fait passer à la trappe un dossier concernant la candidate socialiste à la présidentielle de mai 2007, Ségolène Royal, et défavorable à son principal adversaire Nicolas Sarkozy, également ami du PDG du journal économique, Bernard Arnault, qui avait été un des témoins du second mariage de celui-ci avec Cécilia (ex) Sarkozy.

     Et ce phénomène, fruit de la connivence des politiques avec les grands patrons, propriétaires de grands médias, s’illustre par de nombreux exemples connus et sans doutes par encore davantage d’exemples inconnus qui, du côté des politiques, n’a pour seul but que le contrôle d’une image qui se fait et se défait au travers des médias et influence par ce biais l’opinion et donc l’électorat. Côté journalistes, si le sujet est peu abordé ouvertement, certains collectif tente toutefois de dénoncer ces pratiques, à l’image du Club de la Presse Méditerranée 06 qui, dans une lettre ouverte adressée, le 28 janvier 2008, aux politiques et plus particulièrement aux candidats aux élections municipales de mars, souligne « le renforcement des pressions qu’exercent ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir sur les journalistes ». Dans le même temps, le collectif appelle les journalistes à « éviter […] de traiter les sujets relatifs à la vie privée » et les politiques à « respecter l’indépendance de la presse. »
En outre, les syndicats des journalistes se sont adressés en novembre, par le biais d’une pétition, à tous les Français pour proposer une loi garantissant l'indépendance des rédactions.


            Mais au-delà de ces évènements factuels qui démontrent l’emprise du pouvoir politique sur les moyens d’information, tout ceci contribue à créer, au sein des rédactions détenues par de tels investisseurs, un climat d’insécurité et de crainte qui pousse de plus en plus de journalistes à s’autocensurer, bafouant simultanément leur éthique, leur morale, la liberté d’expression et le droit à l’information, et ce sous le seul effet de la puissance financière garante d’une activité toute entière. Sans, toutefois, être alarmiste, il est tout de même important, face au désintéressement, vis-à-vis de cette question du « contrôle » des médias par les gouvernements, de l’opinion publique, de ne pas perdre de vue que ces « dérapages » existent et que l’impunité dans laquelle ils se perpétuent n’enlève rien à la gravité de telles manipulations médiatiques qui, par extension, sont des manipulations de l’opinion qui n’ont pour seule finalité qu’un gain politique; Mais voilà un gain qui, dans une certaine mesure, peut avoir des répercussions considérables. Comme disait Jim Morrison : « Celui qui contrôle les médias contrôle les esprits ».



En mai 2009, l'hebdomadaire Le Monde 2 (devenu Le Monde Magazine) revenait sur les débuts du journal homonyme avec cette Une ou l'on voit Hubert Beuve-Méry de dos, en conférence de rédaction en 1961.
















Article "recyclé" issu de nos TPE finalisés en Mars 2008.

21 décembre 2009

Internet ou le renouveau de la démocratie d'opinion



1) Un média démocratisé


     Ça n'est plus un mystère, la Toile est résolument devenu le plus grand réseau d'information planétaire. 
     A l'expansion tentaculaire du réseau physique qui s'est développé dans tout les pays développés depuis le début des années 90 à une vitesse effrénée, passant successivement des lignes de cuivres traditionnelles aux lignes ADSL et aujourd'hui à la fibre optique, s'est ajouté une démocratisation de son accès qui a fait exploser le taux d'équipement des ménages en ordinateur et leur raccord au Web (de 4% en 1998 à 67% cette année).
Une étude publiée le mois dernier par le CREDOC (Centre de Recherche pour l'Etude et l'Observation des Conditions de vie) met en lumière une progression de ces variables qui semblent s'accélérer par rapport au début des années 2000 (CF Tableau ci-dessous), et une percée en termes de convergence numérique avec la banalisation de l'Internet Mobile, vraisemblablement due à la prolifération des offres de connexions 3G illimitées.
     Aujourd'hui, il ne fait nul doute que l'avenir de notre économie passe par le média global que représente Internet, et comme le montre le graphique ci-dessous, on peut se réjouir de la performance française qui se situait déjà dans la fourchette haute de l'Union Européenne en 2008. En outre, celle-ci se distingue des autres pays européens et des Etats-Unis par une meilleure pénétration de l'accès Haut-débit (ADSL ou Cable), qui permet un usage confortable du Web 2.0 actuel et des sites de vidéos en streaming, etc.


     Cette révolution technologique, bien engagée en Europe Occidentale, est cependant à l'origine d'une fracture numérique ("Digital Divide", selon le terme américain apparu à la fin des années 90) qui laisse sur la touche les pays sous-équipés en infrastructures de télécommunications.
Malgré ces disparités incontestables, certains pays défavorisés ont su faire du Web une arme & un fondement de leur système politique, à l'image de l'Estonie qui dès sa sortie du giron Moscovite, en 1991, a fait de sa pleine intégration au réseau un tremplin vers la démocratie et l'accès à l'Union Européenne, comme l'évoquait La Croix en mai 2009. Aujourd'hui, l'ex-république soviétique talonne ainsi l'Autriche et l'Allemagne dans la course à l'accès à Internet des populations européennes.


2) Et fondamentalement Démocratique

     Ce constat étant fait, il convient dès lors d'analyser les évolutions intrinsèques à la démocratisation de l'accès au réseau.
     Et à ce stade, je dois dire que je suis toujours agréablement surpris de constater que l'usage d'internet peut réellement répondre à un besoin d'expression citoyenne. J'emploie ces termes, "expression citoyenne", en un sens très large qui va du partage de ses opinions à travers les débats impromptus lancés sur les sites de grands médias (commentaires sur les articles, forums d'émissions télévisées, etc) ou plus conventionnels au simple relaiement d'une information, à la manière de ce que je fais tout les jours en inondant Facebook, et jusqu'à la création de contenus (Vidéos, photos, textes, etc) mis en ligne.

     Car en effet, si les médias sont bien souvent qualifiés d'être le 4e Pouvoir dans une démocratie (après la l'Exécutif, le Législatif et la Justice), ils apparaissent rarement (à l'instar des pouvoir institutionnels -et notamment la Justice- ) totalement impartiaux, totalement libres et indépendants.
Ce manque d'indépendance constitue d'ailleurs le plus gros reproche fait aux grands médias traditionnels, particulièrement télévisés mais également radiodiffusés et imprimés: les collusions d'intérêts politiques, économiques, publicitaires, ont depuis longtemps émaillés l'image d'impartialité des plus grands relais d'information. Ça n'est pas pour rien que la France arrive en 43e position sur 175 dans le classement de Reportes Sans Frontières pour la Liberté de la Presse de 2009, quand bien même les 13 premières positions sont occupées par d'autres pays du vieux continent, dont l'Estonie à la 6e place.
Dans ce contexte, l'expansion sempiternel d'Internet à tout les niveaux de notre vie quotidienne semble s'être révélé comme une réelle bouffée d'air frais pour l'information et, donc, la démocratie d'opinion, et ce malgré un contrôle accru du réseau, qui passe notamment en France par le vote de la loi Hadopi qui, protégeant les artistes, supprime des droits aux internautes...



En effet, et gardant à l'esprit que le phénomène que je décris implique une utilisation intelligente et raisonnée de l'outil Internet, celui-ci a permis de mettre à la portée du plus grand nombre une mine d'informations, de points de vue sans cesse actualisés, inaltérables, inaliénables et infinis.
De là, pour les utilisateurs avertis, des possibilités inouïes et jamais connues auparavant de s'informer, de débattre, de se faire une idée, une opinion en croisant les informations, en recoupant les points de vue.

Internet, en moins de 20 ans, a révolutionné notre manière de nous inscrire dans la Marche du Monde qui nous entoure. Internet nous invite à prendre part à ce monde en nous offrant tout de lui, à portée de clics.
Plus de limites: temporelles, géographiques, économiques; Internet est devenu le media du milieu, renouant de fait avec son étymologie.

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3) Twitter: exemple d'un média citoyen

     De toutes les innovations portées par ce nouveau support d'informations, le "journalisme citoyen' est incontestablement une avancée dont on ne peut que se réjouir, celui-ci étant un gage de réactivité de l'information en même temps que d'impartialité (a priori), en témoignent ces captures d'écrans (ci-dessous) du site de micro-blogging Twitter sur lequel les internautes, aujourd'hui même, annonçaient les incidents survenus sur le réseau d'EDF bien avant que les grands sites d'informations l'annonce (30 à 40 minutes plus tard pour les plus réactifs (Romandie.com)).
Bien entendu, avec Internet comme avec tout media (intermédiaire en latin), quelle qu'il soit, la distance critique et l'activité cérébrale restent des armes dont on ne peut se passer, au risque de se leurrer...





Aller plus loin:

# Internet, nouvel espace démocratique? - Laviedesidées
# "Jeunes Off": une nouvelle fracture numérique chez les jeunes?... - Profencampagne
# L'invention de la démocratie dans le monde - Jean François Bayart
# Valérie Pécresse et Anne Hidalgo se chamaillent sur Twitter - Le Point

Chronique tarabiscotée d'un citoyen en devenir (Pensez à nourrir les poissons)